En mémoire du Lieutenant de vaisseau Pierre Lavigne
À la famille, et à tous ceux qui ont eu le bonheur de naviguer dans son sillage.
Chère famille Lavigne,
C’est avec une grande tristesse que j’ai appris la dernière plongée de Pierre, notre Capitaine, notre conteur, notre ami.
Même si la nouvelle n’a pas chaviré le navire, elle a quand même fait vibrer toutes les amarres du cœur.
J’ai rencontré le lieutenant de vaisseau Pierre Lavigne à Saint-Jean, en 1976. On m’avait dit : « Il y a un plongeur sur le monté. » Moi, j’ai tout de suite demandé : « Un vrai plongeur ? De la Marine ? » Cinq minutes plus tard, les galons sont tombés, les protocoles ont coulé, et deux plongeurs se sont reconnus à la première bulle. Ce jour-là, j’ai rencontré un frère... et surtout un maître du grand bleu.
Pierre avait ce don rare : il pouvait transformer une plongée dans le Richelieu.... oui, le Richelieu brun et froid... en croisière dans les Caraïbes turquoise.
Il te racontait ça avec des yeux brillants et des gestes de marin :
« Regarde, Eddy, t’as vu passer la raie manta ? »
Moi, je voyais surtout une vieille botte dans la vase… mais dans sa voix, tout devenait merveilleux.
Avec Pierre, même une perchaude devenait un poisson tropical. Il fallait l’entendre pour y croire.
C’était un capitaine d’âme, un conteur hors pair, un mentor pour toute une génération de plongeurs militaires et civils. Il nous a appris que la plongée, ce n’est pas seulement une question d’équipement - c’est une question de cœur, de curiosité et de fraternité.
Grâce à lui, j’ai appris à enseigner, à transmettre, et à rire. Parce qu’avec Pierre, on riait toujours avant de plonger… et parfois encore plus en remontant !
Aujourd’hui, le courant t’emporte vers d’autres eaux, mon Capitaine.
On garde le cap, comme tu nous l’as appris — droit devant, le cœur léger, et les bulles pleines de souvenirs.
Bon vent, bon repos, et merci Lt. Vaisseau, d’avoir mis autant de soleil dans le Richelieu.
Eddy Boisjoly
Plongeur Marine Royal Canadienne
Moniteur de plongée


